Contexte historique de la création de la kamitude
Durant les siècles de la traite négrière et de l’esclavage, les européens ont déporté des Noirs d’Afrique vers les Amériques, faisant d’eux des déracinés, en leurs enlevant leurs noms, leurs croyances, pour leurs en fabriquer d’autres. Ainsi, les patronymes africains furent remplacés par ceux du maître. Ces patronymes sont tirés de leur calendrier, ou ceux inventés au gré d’un fonctionnaire de l’État français.
Les croyances ancestrales furent remplacées par d’autres à travers le christianisme, la religion officielle de l’État français et du maître esclavagistes. Grâce au marronnage, quelques éléments de différentes croyances africaines ont survécu à travers des cultes comme le vaudou (vodun), le candomblé, la santeria, le Mayombe, etc. mais, présentés par le christianisme comme étant de la sorcellerie.
Il va sans dire que dans un contexte pareil, les « afro-descendants » ont un véritable problème d’identité et d’autant plus que la nouvelle identité a été définie par le maître.
Étant né à la Guadeloupe c’est tout naturellement que je me définissais comme « guadeloupéen » sans chercher à savoir d’où venait cette appellation, tandis que ceux qui étaient nés dans les autres départements d’outre-mer se définissaient selon leur département respectif.
Une chose était sûre, c’est que les « domiens » même si, ils étaient «français» sur le papier, ils se rendaient très bien compte qu’ils étaient des « français entièrement à part » par rapport aux français de France qui étaient les « vrais français » aux yeux de l’état français.
En 1989, trois écrivains martiniquais ; Jean Bernabé, Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant publiaient un essai-manifeste intitulé « Eloge de la créolité », dont l’objectif inavoué était de contrer le courant de pensée de la « négritude » forgé en 1935 par l’écrivain martiniquais Aimé Césaire, l’écrivain sénégalais Léopold Sédar Senghor, et l’écrivain guyanais Léon Gontran Damas, et le courant de pensée de « l’antillanité » forgé en 1981 par l’écrivain martiniquais Edouard Glissant.
C’est alors, que dans la communauté antillaise, une petite guerre opposait les partisans de la « négritude », les partisans de « l’antillanité », et les partisans de la « créolité » et cela d’autant plus que le mot « créole » posait problème. En effet, le mot « créole » vient du portugais « crioulo » tiré du verbe « criar » signifiant « élever, nourrir, faire grandir », passé en espagnol sous la forme « criollo » et en français sous la forme « créole » pour désigner le « blanc né dans les colonies ».
Par la suite, le mot « créole » désigna non seulement le « blanc né dans les colonies », mais, aussi ses animaux, ses esclaves noirs, et tout ce qui appartenait à ces derniers.
